Je n'ai pas su faire face à ce flot de choses, de sensations, de chaleurs, de faiblesses. Les poings fermés, les épaules basses, j'ai marché jusqu'à cet endroit.
Je
me suis perché sur cette corniche, ce mur de solitude, qui seul
se dresse entre la civilisation et le sauvage. Je m'asseyais
difficilement sur le bord, laissant mes pieds ballants. J'étais venu
ici, partagé entre la colère et la plus désagréable des
tristesses.
Face
à moi luisait le soleil couchant, celui qui illumine les couples des
couleurs vives, des chaleurs dernières, avant que les âmes gaies se
réchauffent l'une l'autre. J'étais seul, face à cet océan
d'orange, de rose. Le ciel bleu, laissait dériver les
nuages cotonneux, dans cet univers de liberté. Et moi,
j'étais retenu par un boulet de souffrance, de tristesse.
Un
vent frais, soufflait les marées de pollen derrière moi. Je les
voyais flotter, ces idées pâles, légères, innocentes, qui volent
au gré de la brise. Je laissais mon regard se perdre dans cet
horizon de gaîté, alors que mon esprit se tordait de douleur,
tant la réalité me semblait coupante, douloureuse, insupportable.
C'est aveuglément que je cherchais ta main sur cette
étendue de béton. Elle n'y était pas, elle n'y sera peut-être
plus jamais.
Devant
mes yeux, des oiseaux valsaient. Ils sifflaient leur bonheur, cette
chaleur douce, mélancolique, enveloppant toutes les âmes seules et
perdues. J'étais noyé dans ce brouhaha muet, de sentiments et de
sensations. Le champs vert et blanc sous mes pieds, dansait lui
aussi. Par endroit, ces quelques fleurs, formaient des lits de
douceur, dans lesquelles, on aime s'y ruer, main dans la main, les
sourires répondant l'un à l'autre. Je me saisissais les cheveux,
toujours aussi libres, insensés dans leur danse funèbre. Leurs
courbes injustes et imparfaites.
Je
pensais à ces étendues d'or que j'aimais parcourir des doigts, à
cette peau de satin, contre laquelle, j'aimais poser mes boucles
rebelles. J'étais ici seul, plus que je ne l'avais été. Je
pensais, ton sourire, tes mots, tes promesses, nos promesses. Ma
solitude, Toi, Moi, surtout Toi. Qui me manque. Qui m'a perdu, je
suis abandonné sur ce chemin immense, dont je ne connais même plus
le sens, ni la direction.
Ta
main a glissé de la mienne, j'ai trébuché, et lorsque je relevais
la tête, tu n'étais plus là. Les rayons du soleil, transperçaient
les feuillages des arbres élancés, ils formaient des chemins de
Lumière. Une dernière chaleur, celle que ton souffle transporte
dans ma nuque, transportait dans ma nuque.
Ma
tête tombe, je ne sais plus, je ne comprends plus ce qu'il se
passe. J'ai l'impression que l'armure dans laquelle je m'étais
protégé, dans laquelle j'avais enfermé mes secrets, mes
souffrances, mes douleurs. Elle cède, elle se fissure. Mon coeur a
battu trop violemment une fois de trop. Une douleur hante mes yeux,
je ne la connais pas. Mais les faisceaux mourants de l'astre du Jour,
font luire des perles sur ma peau. L'eau de la tristesse,
de la solitude, du froid, elle coule.
Mes
membres ne répondent plus, je n'appartiens plus qu'au ciel, à ce
désert. Où je ne vois plus rien. L'horizon se décline. Je les
vois, ce garçon au cheveux bruns et cette fille aux boucles d'or.
Ils marchent main dans la main, je les vois de dos. L'un laisse
derrière lui, une coulée d'étoiles et de diamants. Je vois les
rêves colorés les accompagner, et si cette immensité les englobe,
ils ne la gardent que pour eux. Le froid s'installe. Mes larmes
coulent, je suis privé de mon souffle, j'ai froid, toujours, de plus
en plus. Une longue paire d'ailes noires viennent m'envelopper. Une
main glaciale, se pose sur mon épaule, les poussières de mes rêves
s'envolent avec ce vent gelé, qui soulève les coeurs, qui souffle
les âmes amoureuses.
Mon
désert et ici et là-bas. Mes rêves je ne sais plus, ils sont
partis, en même temps que je voyais sa chevelure s'en allait. Je
n'ai pas réussi à me lever, à inciter mes jambes à se soulever.
Mon âme pleurait, je n'aurais pas su la garder...
Ce
soleil, celui des amoureux, dans ses couleurs mourantes, dans cet
océan de nuages gris, vient de s'enfoncer, dans une terre sans
couleurs. Les larmes, toujours plus dures, plus douloureuses...
Pourquoi... Pourquoi...
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